Ce qu’on porte le matin : Une lettre sur notre rapport intime aux vêtements

Ce qu’on porte le matin : Une lettre sur notre rapport intime aux vêtements

Je t’invite à plonger dans ce moment du matin où tu es devant ta garde-robe, à moitié réveillé.e. Tu penses que tu choisis la tenue de ta journée, alors qu’en réalité, tu choisis la personne que tu seras pendant la journée, la manière dont tu vas habiter cette journée.

Tu entends probablement dans ta tête “Je n’ai rien à mettre”, “Il fait quel temps”, “J’ai une réunion à 14h aujourd’hui”… Sous ces phrases pratiques, il se joue quelque chose de très intime : la manière dont tu as envie d’être au monde ce jour-là. Ce que tu es prêt.e à montrer et ce que tu préfères garder pour toi.


C’est ce moment-là qui nous intéresse.

Ce Substack ne parlera pas de tendances, ni de « comment porter » parce que je crois qu’on parle assez des vêtements comme objets : leur coupe, leur matière, leur prix, leur tendance. Mais beaucoup moins de ce qu’ils font à l’intérieur de nous, comment ils jouent sur l’humeur, le courage, la pudeur, la confiance …

Ce que l'on porte nous porte

On choisit, peut-être inconsciemment, de penser que l’on s’habille uniquement selon nos goûts, alors que nos vêtements racontent aussi notre état.

Un jour, tu enfiles ce qui te protège : une pièce oversize, sombre, dans laquelle tu peux disparaître un peu car tu n’as tout simplement pas envie d’être vue. Et un jour, tu cherches l’inverse : une matière qui suit ton corps, une coupe qui te tient droit.e, et soudain, tu es redressé.e. Le vêtement n’a pas changé ta journée. Il a changé la manière dont tu te tiens dedans.

Cela s’appelle Le “Enclothed cognition” : l’idée que ce que l’on porte peut influencer notre manière de penser et de nous comporter. L’idée me plaît parce qu’elle met des mots sur quelque chose qui me semble assez instinctif.

Tu le sais et vis sans forcément t’en rendre compte : un col qui ferme bien, une épaule à la bonne place, une taille qui tombe là où elle doit tomber et tu ne te tiens déjà plus de la même manière. Tu parles et occupes l’espace autrement.

Un vêtement ne fait pas que se poser sur nous pour nous couvrir, il dialogue avec notre corps. Et parfois, il change la manière dont nous l’habitons.

Et le corps est intelligent. Il ressent ces connections.

S’habiller pour soi

On dit souvent : « Je m’habille pour moi. ». Je crois que c’est plus difficile qu’on ne le pense.

Pendant longtemps, on s’habille aussi pour des regards extérieurs : ceux que l’on imagine sur nous, ceux que l’on cherche à séduire et ceux que l’on redoute.

On apprend très tôt ce qui est « joli », « élégant », «féminin», « virile», ce qui est « approprié », ce qui nous va ou ne nous va pas. À travers des références que l’on nous transmet et que l’on absorbe (dont peu sont véritablement les nôtres).

Alors, s’habiller pour soi demande parfois de désapprendre pour faire la différence entre ce qui nous plaît vraiment et ce que l’on a appris à aimer, entre ce dans quoi on se sent bien et ce dans quoi on pense que l’on devrait être bien.

Choisir une pièce parce qu’elle nous ressemble, et pas simplement parce qu’elle nous rend semblable aux autres.

C’est là que le vêtement cesse d’être une façade et redevient ce qu’il devrait être : une manière d’habiter son corps. Un compagnon.

Et cette lettre alors ?

Elle parlera de tout cela.

Des vêtements, évidemment.

Mais surtout de ce qu’il y a autour.

Ici, on va prendre le temps d’écouter ce dialogue entre le vêtement, le corps et la tête : Pourquoi on se sent invincible dans certaines pièces et invisible dans d’autres? Ce que l’uniforme dit du désir d’appartenance ! Pourquoi on s’habille en noir quand tout va mal ou quand tout va très bien. Ce qu’un vêtement hérité transporte de la personne qui nous l’a laissé. Etc.

Pas de leçons de style. Mais une attention. Celle qu’on met, chez Copain.e, à faire peu mais bien, appliquée cette fois-ci, non pas au vêtement en tant que pièce, mais à la relation qu’on entretient avec lui.

Parce que s’habiller, ce n’est pas simplement se couvrir. C’est parfois une façon de se retrouver.

Et peut-être, chaque matin, de se choisir à nouveau.

À très vite,

Copain.e