La penderie de tes vies d’avant : Quand le miroir commence à te parler

La penderie de tes vies d’avant : Quand le miroir commence à te parler

Tu connais ces matins où il est très difficile de trouver quoi mettre. Tu essaies tes vêtements, tu touches, tu reposes, et les cintres s’accumulent sur ton lit : Rien ne va, rien ne résonne. Mais tu ne sais pas vraiment pourquoi.

Je suis là pour te dire que ce n’est peut-être pas tout simplement car tu n’as rien à mettre.

C’est autre chose. Plus profond que ça.

S’habiller devient difficile quand quelque chose change, à l’intérieur comme à l’extérieur. Une vie qui prend une autre direction. Un poste que l’on quitte, une ville que l’on découvre, une histoire qui se termine, un corps qui change. Ou simplement le temps qui passe.

Et parfois, il n’y a même pas d’évènement précis, juste cette sensation étrange, presque imperceptible, d’être devenu.e quelqu’un d’autre.

Une personne que tu étais et que tu n’es plus.


Vêtement, vêtement, tu es un témoin

J’aime répéter autour de moi


On croit choisir une tenue. En réalité, on choisit qui on va être ce jour-là 

Car c’est pour ça qu’un placard peut nous sembler soudainement étranger. Les pièces qu’il contient, tu les as achetées pour une version de toi qui n’existe plus vraiment, ou que tu ne veux plus être. La robe de l’ancien poste, le pull offert par une personne que tu veux désormais laisser dans le passé, le jean d’un corps d’avant … Ils racontent tous une histoire.

C’est peut-être ça qui est fascinant avec les vêtements : ils se souviennent.

Ils ne mentent pas. Ils continuent de refléter qui tu étais, pendant que toi, tu es déjà ailleurs, en train de devenir quelqu’un d’autre.

Et c’est précisément là où naît l’inconfort. Dans cet écart. L’écart entre la personne pour qui les vêtements ont été choisis et, celle qui se tient devant le placard aujourd’hui. Perdu.e.

Ce n’est pas parce que tu n’as plus rien à mettre. C’est que tu ne te reconnais plus dans ce que tu as. Et tes vêtements, eux non plus, ne savent plus très bien qui tu es.

Le miroir essaie de te parler

On a tendance, nous les humains, à chercher toujours un coupable.

À ces moments là, devant le placard, on se punit. On se dit qu’on s’est “laissé.e aller”, qu’on a acheté encore plein de vêtements non adaptés, qu’il faudrait “faire un effort”, et on finit par emprunter un regard qui vient de dehors. Tourné vers l’extérieur.

On le suit, on se conforme. On finit par ressembler à tout le monde.

Et un matin, on se retrouve perdu.e devant son propre placard. Le miroir en face.

Et si ce malaise était, en fait, une invitation à plonger dans l’intérieur ?

Un vêtement qui ne va plus, c’est une information précieuse. Il indique que tu as bougé. Que tu n’es pas resté.e là où tu étais. Peut-être même sans t’en rendre compte. Et il y’a quelque chose de profondément vivant de ne plus rentrer dans son ancienne peau.

Pourtant on nous a appris l’inverse. On nous a appris à trouver notre style, puis à nous y tenir. Comme si changer de style revient à une trahison. Pour qui ?

S’habiller pour qui on devient

Alors, que peux-tu faire un matin comme celui là ?

Arrêter de forcer. On ne se bat pas contre un miroir. Tu le laisses dire ce qu’il a à dire et tu écoutes. Souvent, ce dont tu as besoin, ce n’est pas une nouvelle tenue, c’est une nouvelle question. De “comment je vais rentrer là dedans ?” à “de quoi j’ai besoin pour me sentir moi, aujourd’hui, telle que je suis ?”. Ça demande plus de réflexion, mais ça en vaut la peine.

Cette question place le vêtement vers le côté de la prise de conscience. Tu ne t’habilles plus pour prouver ou corriger. Tu t’habilles pour te retrouver et te reconnaître. Pour te dire en te regardant : c’est moi ça.

Maman sera peut-être surprise. Tes enfants se demanderont ce qui t’arrive.

Certains ne comprendront peut-être pas ce changement.

Mais toi, tu le sais. Et tu n’auras pas forcément besoin de l’expliquer.

Donc, un matin comme celui-là, prend le temps de te regarder avec une tenue et te demander : qu’est ce que je n’aime pas ? Est-ce le vêtement ? Est-ce sa longueur ? Trop serré, trop ample, trop sombre ? Est-ce que ce vêtement me donne une présence dont j’ai besoin pour ma réunion ? Observe, nomme ce qui te dérange.

Une réponse après une autre, la clarté s’installe. Les changements suivent. Et avec le temps, l’alignement aussi.

Se laisser de la place

Se tenir devant le placard perdu.e devrait te pousser à apprendre à te faire confiance à nouveau. À ton gout, ton corps, tes envies, tes humeurs, à ce que tu ressens. Et le vêtement, quand tu le choisis avec un peu d’attention, devient ton compagnon dans ce chemin. Pas un juge. Un copain, une copine.

Alors si tu es dans un de ses matins-là, un peu perdu.e, un peu triste peut-être, voici ce qu’on aimerait te dire : tu as changé, c’est ok, et s’habiller n’a pas à redevenir facile tout de suite. Il faut juste, doucement, laisser la place à la personne que tu es en train de devenir, et les vêtements t’accompagneront, une tenue à la fois.

À très vite,

Copain.e